Les préoccupations du personnel hospitalier


Article proposé par un membre du corps médical d’ un centre hospitalier de la région PACA.

Dernièrement, le président de Vox Nostra m’a soumis quelques questions et réflexions sur le quotidien des personnels hospitaliers, éclairées par l’avis d’un représentant syndical de l’APHM.

Ce quotidien des soignants, souvent difficile, est depuis l’épidémie de Covid, un sujet brûlant de l’actualité largement commenté par tout un chacun.

Avec plus de 21000 lits d’hôpital fermés depuis 2016, des équipes de soins instables compte tenu du nombre de démissions, mises en disponibilité et du nombre de nouveaux personnels, des départs supérieurs aux arrivées et 15000 postes vacants d’infirmiers selon la fédération hospitalière, il est facile de comprendre que les conditions de travail ne sont pas toujours acceptables.


Dans ce contexte, l’embauche mais surtout la fidélisation des soignants ne serait-elle pas un enjeu prioritaire ? Mais comment faire ? 

La rémunération reste au cœur des enjeux de recrutement et de fidélisation. En effet, la reconnaissance des compétences passe nécessairement par une revalorisation salariale et malgré l’augmentation suite au  Ségur de la santé, les salaires ne sont pas à la hauteur des attentes. En effet, seulement 45% des DRH estiment que cette augmentation a favorisé le recrutement et 23% la fidélisation.

Une des pistes en termes de recrutement et de fidélisation se trouve dans les Instituts de Formation en Soins Infirmiers. La proposition d’un contrat d’allocation d’études aux  étudiants paramédicaux de 2ième ou de 3ième année de formation permet un pré-recrutement. Moyennant un revenu d’environ 500 euros par mois, qui permet à l’étudiant de financer en partie ses études, ce dernier s’engage à travailler jusqu’à trois ans dans l’établissement hospitalier suivant le contrat signé par les deux parties.

Il en est de même avec les contrats d’apprentissage. L’étudiant s’engage à un certain nombre de vacations durant ses études, essentiellement sur les WE ou les vacances scolaires, comme ASH ou AS, à travailler dans l’établissement dès l’obtention de son diplôme d’état moyennant une rémunération durant ses études.

Toutefois, le nombre de contrats proposés reste largement insuffisant pour répondre à la demande en terme d’embauche.  

La fidélisation passerait-elle donc par l’amélioration des conditions de travail et de la qualité de vie, comme par exemple une politique de titularisation, un nombre défini de patients par IDE en fonction de l’activité du service, du matériel, des repos fixes ? 

Un ratio patients/soignants fixé comme cela est fait actuellement pour certains services comme le SMUR, la réanimation pédiatrique, l’obstétrique, l’hémodialyse, les soins intensifs de cardiologie, la chirurgie cardiaque ou encore la réanimation avec deux infirmiers pour cinq patients et un aide-soignant pour quatre patients, augmente de façon certaine la qualité des soins.  Ainsi, la charge de travail est davantage répartie, les tâches dévolues à chaque personnel soignant étant, quant à elles, légiférées. 

En ce qui concerne la mise en place de ce ratio patients/soignants, une proposition de loi ayant pour objectif de fixer un nombre minimum de soignants par patients hospitalisés a fait l’objet d’une proposition de loi le 8 novembre dernier par le sénateur Bernard Jomier. Cette avancée, permettrait de meilleures conditions de travail pour les soignants, de redonner du sens et de la qualité de vie au travail, lutterait contre l’épuisement professionnel et comme cela est documenté dans la littérature scientifique d’augmenter les chances de survie des patients.

Toutefois, étendre cela aux maisons de retraite, centres de suite et de réadaptation, EHPAD, … à tous les lieux accueillants patients ou résidents serait pertinent.

Par ailleurs, les soignants trouvent du sens à leur travail directement auprès des patients. Or, l’augmentation du travail administratif est souvent perçue par le soignant comme une contrainte, s’il n’y a pas possibilité de tracer en direct les soins effectués et si les formalités administratives se multiplient. De plus, la multitude de logiciels utilisés parfois sur certains établissements renforce la lourdeur de la prise en charge administrative.

Revenir sur le cœur du métier, prendre le temps lors des soins, pouvoir faire de la relation aide, ne pas être interrompu par le téléphone et les multiples demandes, participer à l’organisation des services, serait-il une utopie pour les soignants ? Ne devraient-ils pas être les premiers interrogés sur ce qu’ils souhaitent ?

La qualité de vie des soignants passe par des plannings fixes permettant de se projeter sur son temps libre. Les cadres étudient la législation lors de leur formation, font des exercices d’application, bénéficient parfois de formations complémentaires lors de leur arrivée sur certains établissements. Mais comment, une fois sur le terrain, arriver à respecter un planning équilibré, qui pourrait satisfaire les soignants, quand le personnel nécessaire n’est pas présent, que les arrêts maladies se multiplient ? Les repos sont déplacés voire reportés, les demandes d’heures supplémentaires deviennent récurrentes et la motivation des agents s’affaiblit peu à peu, ce qui nous ramène une fois de plus à l’importance de la fidélisation des soignants et à l’importance de la qualité de vie au travail.

Par ailleurs, une possibilité d’évolution de carrière grâce à des formations reste un pilier d’attractivité des centres hospitaliers depuis toujours. Toutefois, le nombre de formations rémunérées permettant un changement de grade, une formation en pratique avancée, un soutien à la recherche paramédicale en master, doctorat… n’a cessé de diminuer ces dernières années, les financements étant réservés aux premiers classés dans les concours. Accroître le nombre de formations rémunérées augmente la motivation des soignants à rester et évoluer dans une même structure donnant une perspective d’avenir professionnel.  

Une autre piste de réflexion dans un souci de fidélisation du personnel pourrait passer par une amélioration de la qualité de vie et une simplification du quotidien des soignants avec une aide au logement, une crèche, une salle de sport voire une conciergerie qui permettrait un gain de temps certain comme cela se fait dans certaines grandes entreprises. 

Aujourd’hui, ces quelques réflexions s’inscrivent dans un problème fort complexe et inscrit dans le temps qui ne peut malheureusement pas être résolu en quelques lignes…

1 commentaire

  1. On voit en lisant cet article qu’il a été rédigé par quelqu’un qui est au coeur du problème et qui connait son sujet. Tous les professionnels de la santé sont unanimes : l’hôpital va mal, les déserts médicaux et hospitaliers s’agrandissent de façon exponentielle et ce, au détriment de la population dont l’espérance de vie s’est considérablement accrue en quelques décennies. Quand une infirmière en milieu hospitalier tombe le masque (sans jeu de mots) et se confie sur ses conditions de travail au quotidien, on ne peut qu’être admiratif sur la motivation hors pair qu’il faut avoir pour continuer à exercer dans de telles conditions. Les applaudissements de la population aux fenêtres pendant le premier confinement étaient amplement mérités. Il serait temps que l’Etat se penche sérieusement sur ce sujet brûlant qui nous touche ou nous touchera tous un jour ou l’autre….Pour reprendre certains termes d’un article récent, on assiste peu à peu à une « tiers-mondisation » de notre systême de santé. Jusqu’où cela va t-il aller ?

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