Les électeurs sont-ils réellement libres et égaux face à leurs choix politiques ?                               


Le 11 octobre 2021 lorsque nous présentions un article sur la démocratie et la représentativité, nous préconisions qu’une dose de proportionnelle et la reconnaissance du vote blanc calmerait les esprits et permettrait aux indécis de s’exprimer en plus grand nombre.

Durant cette campagne présidentielle une équipe de Vox Nostra, dont c’est la vocation, a pu échanger avec de nombreux citoyens de toutes tendances politiques confondues.

  • La lassitude devant les discours et promesses des candidats sont les premières réactions que nous entendons. Le sentiment d’une sorte de course à la meilleure promesse électorale pour emporter l’adhésion et être élu. A la suite de quoi, « rentrez chez vous citoyens nous n’avons plus besoin de vous… ».
  • Ensuite une désagréable impression d’ostracisation des citoyens se déclarant proche du rassemblement national. Nous avons recueilli plusieurs témoignages de personnes attristées devant une qualification de fasciste des plus hasardeuses, entraînant parfois des conflits au sein même des familles.
  • Un autre constat qui revient souvent est la présence régulière de Mme Le Pen au second tour de l’élection présidentielle ce qui devrait susciter chez les observateurs politiques, toujours selon nos interlocuteurs, plus de réflexion sur les raisons :  climat social, situation économique, insécurité entre autres.

Ce qui a particulièrement attiré l’attention de notre équipe c’est la fracture politico-sociale installée depuis quelques décennies dans notre pays et qui s’est aggravée, selon nous, à l’occasion de cette élection présidentielle. Il semblerait en effet, qu’une partie non négligeable des citoyens français soit stigmatisée par une autre partie se considérant dans le « camp du bien ». On a pu voir notamment un chef d’entreprise lors d’un meeting traiter de racistes les électeurs du Rassemblement National soit 13 297 760 personnes, sans que cela ne suscite la moindre réaction de modération.  Aucun argument de fond, aucune interrogation sur les motivations profondes de cet électorat qui grossit d’élection en élection, là encore aucun début d’analyse. Un seul objectif stigmatiser et culpabiliser !

Plus grave encore, on a vu, entre les deux tours, une unanimité des médias, des politiques de tous bords, de tout ce qui est considéré (à tort ou à raison) comme l’élite du pays, même des chefs d’État étrangers, pour appeler à faire barrage à celle qui n’était plus l’amoureuse des chats mais la descendante morale d’Hitler, qui plus est vassale de M. Poutine. Il y a quelques années Lionel Jospin confiait dans l’émission Répliques de France-Culture, au sujet du Front National, que « l’antifascisme n’était que du théâtre ». Si tel est bien le cas, la représentation de 2022 a été une réussite.

Et là encore aucun argument de fond sauf à considérer qu’affirmer « avec Marine Le Pen, les pauvres vont peut-être mourir (1) » en est un ! 

Ajoutons un dernier facteur, les sondages, dont nous ne discuterons pas ici de la fiabilité, mais dont l’influence sur les choix des citoyens a été certainement non négligeable, en témoigne le vote dit « utile » dont auraient bénéficié, selon les instituts de sondage, M. Macron, M. Mélenchon et Mme Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle. Vote utile expliquant sans doute en partie les scores des autres candidats, pour certains très en-deçà des prévisions.

Quoiqu’il en soit il est évident que des sondages jusqu’à 48 heures d’une élection sont de nature à influer sur le vote et cela mériterait un débat (2).

La conjonction de ces différents éléments questionne une fois de plus sur l’état de notre démocratie.

  • En tant que citoyen disposons-nous dans les médias mainstream d’une information objective pour nous permettre d’exercer un choix en toute connaissance de cause ? Une ligne éditorialiste ne signifie pas mauvaise foi voire procès d’intention ou mensonge. Que penser d’un journal qui publie sa couverture sur les réseaux sociaux aux deux tiers du débat d’entre les deux tours de la présidentielle, sinon qu’il fait peu de cas de la vérité et de l’objectivité, devoirs des journalistes selon la charte de Munich (24/11/1971).
  • Les sondages influencent-ils significativement nos choix ? Dans l’affirmative, faut-il les limiter dans le temps en période électorale ?

 1 Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, Le Parisien 14 avril 2022

Ce délai était, avant 2002, d’une semaine. La Cour de cassation ayant jugé, le 4 septembre 2001, que cette interdiction instaurait une restriction à la liberté de recevoir et de communiquer des informations, incompatible avec les dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme, la loi de 2002 a limité la période d’interdiction à « la veille de chaque tour de scrutin ainsi que le jour de celui-ci ».

  • L’unanimité de la classe politique, au sein de laquelle beaucoup n’ont pas hésité une seconde à se rallier à l’adversaire d’hier, contre un seul parti décrété nauséabond, traduit-elle finalement une forme de connivence, un entre soi pour qu’in fine rien de change ? 
  • Si le Rassemblement National représente un si grand danger pour la démocratie et les institutions républicaines, pourquoi n’a-t-il pas été frappé d’interdiction depuis longtemps ? Peut-être parce qu’objectivement les motifs n’existent pas et qu’il est bien utile dans le petit jeu politique de l’entre soi. 
  • Le Rassemblement National est-il complice ou l’idiot utile de ce jeu politique ?

En conclusion, nous souhaitons alerter les politiques et les médias, sur le risque social. Attention à ne pas oublier que derrière un parti il y a des électeurs, des personnes dont les motivations sont tout à fait honorables et légitimes même si elles ne s’inscrivent pas dans le courant dit progressiste. A trop les ignorer, à trop les insulter vous accentuez une fracture majeure de la société française ce qui ne peut être que dangereux. Ne jouez pas les apprentis sorciers !

Une des solutions pour apaiser une partie de la société et la réconcilier, autant que faire se peut, avec la politique est d’inclure une dose de proportionnelle dans toutes les élections afin de permettre une meilleure représentativité. C’est impératif ! 

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