L’INFLUENCE DES MÉDIAS : Vérité ou Profit


En 1840, Balzac affirmait « La presse est en France un quatrième pouvoir  dans l’État : elle attaque tout et personne ne l’attaque.

Ce pouvoir « non institué » mais néanmoins constitutionnellement protégé par la grande loi du 29 juillet 1881 votée par le gouvernement Ferry, a vu le jour au XXème siècle en vue d’instaurer « la liberté de la presse, la liberté d’expression  et de restreindre les abus « . Ces principes fondamentaux reconnus par les lois de la république visaient à veiller à ce qu’aucun des autres pouvoirs ne limite l’excès à la liberté des Médias.

Cette liberté va cependant être abolie à la fin du XXème siècle, lors de la grande révolution des médias numériques qui ont bouleversé ces principes pour faire place à la chasse à l’audience et à la rentabilité. Depuis, c’est le marché qui contrôle les médias au péril de « la vérité ».

Les grandes multinationales ont très vite appréhendé cette opportunité en balayant les critères traditionnels qui garantissaient autrefois la quête de  vérité. L’information n’est plus soumise à la vérification et à l’authenticité, mais à la manipulation et à l’influence du nouveau modèle économique de l’industrie médiatique. 

Le pouvoir médiatique, autrefois détenu par les Présidents d’État et Chefs de Gouvernement, a basculé dans les mains des patrons des nouveaux groupes médiatiques.

Qui sont ces patrons qui gravitent dans le cercle de cette industrie prospère ?

Dix milliardaires : des oligarques venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie qui se sont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, en vue d’asseoir leur influence en opérant des changements radicaux voire obscurs (conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine) 

Cette concentration des moyens de production de l’information a fragilisé l’indépendance de la presse dans notre pays en portant atteinte au fonctionnement démocratique. 

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D’ailleurs, ce type de fonctionnement est généralement observé dans les pays où la démocratie est contrôlée et la presse muselée.

Ce nouveau modèle économique a engendré un véritable tsunami dans toutes les strates du pouvoir médiatique, impactant directement le fondement de l’éthique même du journalisme.

Nature de ces changements 

-La presse écrite n’a pas encore trouver sa place alors que les médias numériques ont bouleversé les supports, les habitudes de consommation et la nature-même de l’information. 

L’offre s’est démultipliée sous le poids des contenus numériques, principalement ceux des internautes. Le panel des moteurs de recherche est tel, qu’il pose la question du choix délégué par les algorithmes de recommandation (avec ses enjeux politiques et culturels, notamment la « neutralité du web »). 

-Les stratégies marketing sont devenues de plus en plus agressives, pour capter l’œil du lectorat. Les potentialités du web ont court-circuité les réseaux de distribution ( auteur-éditeur-distributeur) laissant toute latitude à l’auteur de distribuer directement son contenu en ligne, sans passer par une rédaction ou un relais de vente. Le développement du multimédia et de l’ internet mènent aujourd’hui à la réflexion de l’avenir du support papier et de la légitimité de l’information.

 –Le prix de l’information n’est plus soumis à l’intérêt qu’elle suscitera, mais à la demande et au public qu’elle attirera.

La guerre interne que se livrent les groupes médiatiques prime sur l’actualité qui les entoure. A titre d’exemple, quand plusieurs événements interviennent simultanément dans le Monde, c’est celui qui attirera toute la meute qui sera couvert et ce, quel que soit le degré d’intérêt ou de gravité des autres.

-Le  journalisme qui jadis était considéré comme une profession réservée aux meilleurs et une vocation élevée, a perdu ses valeurs et son autonomie.

-Les reporters qui exerçaient dans le respect, voire dans l’amitié, se trouvent livrés à une bataille rangée telle une meute, où chacun s’épie pour arracher la primauté de l’information. 

Les journalistes idéalistes en quête de vérité qui dirigeaient auparavant les journaux, ont été mis en marge par une minorité  d’hommes d’affaires richissimes qui ont pris le monopole de cette industrie juteuse en effectuant d’ importants changements.

l’évolution des modalités de travail (téléphones mobiles, courriels) ont transformé radicalement les relations entre les reporters et leur hiérarchie, les privant ainsi de toute autonomie. Ils ne peuvent plus donner libre cours à leur initiative personnelle, chercher l’information, la découvrir, la vérifier, la sélectionner ou la mettre en forme. 

-La mission du journaliste s’est dévalorisée au fil des années. Il n’est plus qu’un simple exécutant limité à rapporter des images instrumentalisées par sa hiérarchie, qui le déplace sur l’échiquier au gré du marché. 

-la multitude des sources (chaînes d’informations en continu, dépêches d’agences, Internet) offre au patron l’opportunité de se faire sa propre appréciation sans même considérer celle du reporter qui couvre l’événement.

Plus grave, certains reporters sont même dans l’ignorance des faits ou du conflit qu’ils doivent couvrir. Ils n’ont plus de légitimité sur leur propre-vérité, mais sur celle dictée par la loi du marché.

les modes opératoires 

-faire le ménage en arrivant, pour mettre à la tête des médias des dirigeants compatibles avec leurs intérêts ayant pour mission de purger les rédactions. Un cas d’interventionnisme remarqué fut la nomination de Guillaume Zeller, catholique traditionaliste, comme directeur de l’information du groupe Canal+, par Vincent Bolloré,  qui souhaitait enterrer Canal+, après avoir vidé de ses forces vives la rédaction d’iTélé, rebaptisée CNews, suite à la plus longue grève de l’histoire de la télévision.

Le « grand ménage » n’a plus de limite. En 2016, Aude Lancelin, directrice adjointe de la rédaction de L’Obs, est licenciée pour des raisons politiques. Autant de coups de pression qui envoient un message clair aux rédactions « pas de vagues, rentrez dans le rang ! »

Les journalistes ne sont pas épargnés et sont les victimes des pressions souterraines qui dévoilent la face cachée de l’iceberg

licenciements et coups de pression, les privant de toute indépendance pour travailler dans ces conditions 

-ingérence et l’autocensure, ayant pour mot d’ordre « ne pas contrarier le propriétaire de leur média ». A titre d’exemple, « le patron de M6, Nicolas de Tavernost, qui avait avoué avoir exercé des pressions sur les journalistes de la chaîne pour « ne pas contrarier des clients »

suppressions de postes et moyens nécessaires pour enquêter visant à « développer des politiques managériales « musclées » en vue de précariser les rédactions et les mettre en permanence sur la sellette afin de promouvoir une information low cost.

les poursuites-bâillons pour dissuader les médias de s’emparer de certaines affaires  cf art « Bolloré, la presse, et les poursuites « homéopathiques » en diffamation ). 

Conséquences de ces abus 

-la soif du profit a développé des comportements délictueux, telles la manipulation, la corruption, l’arrogance et les conflits d’intérêts. 
-Le contenu des médias a perdu de sa valeur, nous privant ainsi en grande partie de « la vérité ».

-La presse est devenue un jeu de société où tout s’achète et tout se vend (les journaux, les télés, les radios). 90 % des quotidiens nationaux vendus chaque jour appartiennent  à ce petit cercle de milliardaires ! D’après les calculs de Basta !, ces mêmes personnes possèdent des télévisions et radios qui totalisent respectivement 55% et 40% des parts d’audience. 

-la neutralité de l’information est gangrenée : La concentration du marché au sein d’une minorité richissime de privilégiés remet en cause la transparence et l’indépendance. Comment cette minorité de possédants peut-elle concilier « liberté de l’information et intérêts privés ? » A titre d’exemple, comment TF1, BFM-TV, Le MondeLibération peuvent-ils produire en toute indépendance des enquêtes sur le secteur de la téléphonie, quand leurs propriétaires sont les patrons de Free, Bouygues Telecom et SFR ? Comment les journalistes du Figaro peuvent-ils porter un regard critique sur la politique de défense de la France, quand le propriétaire de leur journal vend des avions de chasse à l’État français ? 

-les conflits d’intérêts se répercutent sur l’indépendance des médias et sèment le doute sur la transparence des journalistes. A titre d’exemple, comment TF1 pourrait-il produire des enquêtes critiques sur les abus des partenariats publics-privés (PPP) quand son propriétaire, Bouygues, fait partie des multinationales du BTP qui bénéficient de ces juteux contrats ? 

 Le pouvoir d’user de son statut pour ses propres intérêts crée une suspicion et délégitime le secteur de la presse. 

Autre problème, la grande proximité  entre les patrons de presse et la classe politique. A titre d’exemple, Nicolas Sarkozy, proche de Bernard Arnault, avait annoncé en 2007 aux journalistes des Echos, le nom de leur nouveau patron ! Lors du mariage de Nicolas Sarkozy avec Cécilia Ciganer-Albéniz, les deux témoins sont… Bernard Arnault et Martin Bouygues. C’est sur le yacht d’un autre ami, Vincent Bolloré, que Nicolas Sarkozy choisit d’aller se reposer après son élection en 2007. « Arnaud est plus qu’un ami, c’est un frère », déclare encore Nicolas Sarkozy à propos de l’héritier Lagardère. Enfin, il compte Serge Dassault parmi les clients de son cabinet d’avocats. 

La moitié de ces dix propriétaires de presse étaient des proches de l’ancien président. 

Tous ces abus ont attiré l’attention de  Reporters sans frontière et du collectif  « Informer n’est pas un délit » qui n’ont pas manqué de dénoncer ces agissements, sans toutefois freiner l’appétence de ces possédants devenus incontournables sous le regard impassible des garants de nos libertés.  

Force est de constater que si chacun pense pouvoir disposer de la liberté de lire, d’écouter, de regarder ce qu’il veut, ou de faire sa propre sélection dans le flot médiatique, la réalité est tout autre quand on sait que les médias représentent un business où la transparence n’a pas sa place.

La démocratie ne peut donc exister que si l’on est bien informé. Il y a urgence de faire respecter ces principes fondamentaux afin de préserver la vérité et redonner au journalisme ses valeurs traditionnelles.  

Ce pourquoi nous proposons :

de soutenir la proposition de l’ association Acrimed visant à interdire purement et simplement le contrôle de médias par des entreprises dépendantes de marchés publics comme Bouygues, Dassault etc etc

– interdire tout rapprochement entre une multinationale et un politique 

-de demander la création d’une commission de surveillance de la presse et des médias 

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