Cinquante nuances d’abstention et rien ne change


Elections régionales 1er tour du 20 juin 2021

Au lendemain du 1er tour chacun commente les résultats selon ses convictions : une claque pour le RN que les sondages annonçaient nettement plus haut, LREM à la dérive, résurrection de la droite dite républicaine, confirmation de la présence des écologistes dans la paysage politique.

Pourtant le premier parti en France est bien celui de l’abstention dont le taux est 66,7% selon le ministère de l’intérieur. 

Question : est-il vraiment sérieux de tirer des conclusions sur la signification du vote d’environ 15 millions de français sur 44 millions d’inscrits ? A l’évidence la réponse est non.

En revanche, d’autres questions méritent de s’y arrêter :

  • Comment s’explique les erreurs flagrantes des sondages notamment concernant le RN ?
  • Que signifie le niveau jamais atteint par l’abstention ?

Pour la première interrogation deux possibilités : les réponses des personnes interrogées n’étaient pas sincères ou la qualité des sondages est médiocre. Les tenants du complotisme ajouteront peut-être la possible volonté de « gonfler » les résultats probables du RN afin de booster les autres partis (mais nous ne sommes pas complotistes). Seuls les instituts de sondage pourront peut-être nous éclairer sur ce point.

Quant à la seconde interrogation, nous pouvons faire une liste à la Prévert des raisons avancées par les uns et les autres pour expliquer le niveau de l’abstention et voici les principales :

  • Certains auraient encore peur d’être contaminés par la Covid.
  • Fin de confinement donc besoin de liberté (au point de ne pas avoir 30 minutes à consacrer à un bureau de vote ?) conjugué à la fête des pères.
  • L’absence de campagne électorale notamment aucun débat national sur le rôle des régions par rapport aux départements, aux métropoles et à l’Etat.
  • Election peu attractive notamment pour les jeunes, les électeurs ignorant souvent le rôle de la Région notamment par rapport au département.
  • Des régions restructurées sous la mandature de François HOLLAND ayant pour certaines perdues leur âme.
  • Un électorat qui se détourne non de la politique mais des élections estimant que cela ne sert à rien puisqu’ en définitive on fait sans lui. Sur ce point particulier, rappelons l’affaire du référendum sur le traité de Maastricht (le non l’emporte mais qu’à cela ne tienne deux ans plus tard on passe par le traité de Lisbonne et on s’assoie sur le non). Autre exemple, en Région Sud Paca, lors de la précédente élection régionale en 2015, les électeurs LR votent pour un président de Région, M. ESTROSI, et se retrouvent avec M. MUSELIER. Encore plus près de nous et plus localement, lors des élections municipales à Marseille une partie des marseillais votent pour une liste de gauche à dominante verte portée par Mme RUBIROLA et se retrouvent six mois plus tard avec M. PAYAN socialiste, certes jeune mais ayant grandi à l’ombre des vieux socialistes historiques marseillais.
  • Droite ou gauche, c’est du pareil au même ! Il faut dire que les « tambouilles » de l’entre – deux tours n’encouragent pas à croire à la sincérité des uns et des autres. La plupart du temps on a davantage l’impression qu’il s’agit de conserver un siège somme toute bien confortable plutôt que de défendre l’intérêt supérieur de la collectivité. C’est pourquoi il faut saluer les listes qui se maintiennent en cas de triangulaire ou quadrangulaire car les candidats y figurant respectent leurs électeurs et leurs convictions et n’y renoncent pas par des alliances contre nature au nom d’un soit- disant front républicain, comme si battre le RN était l’objectif central d’une élection. Il y aurait beaucoup à dire sur ce type de stratégie décidée par les états major de partis sans se préoccuper de ce que pense l’électeur.
  • Tout simplement un manque d’intérêt : « je ne me sens pas concerné, ça ne changera rien à ma situation personnelle, ». 

Peut-être le niveau de l’abstention résulte -t-il de la conjugaison de ces différentes raisons mais il n’en demeure pas moins que nous devons le déplorer. Voter est un droit qui ne va pas de soi, c’est une conquête sociale et c’est une chance de pouvoir exercer ce droit lequel n’existe pas partout. Des hommes et des femmes se sont battus pour ce droit et rappelons que les femmes ne votent en France que depuis 1945 (ce n’est pas si ancien). Voter est donc un devoir non pas simplement civique mais par respect pour celles et ceux qui ont conquis ce droit.

Peut-être y aura-t-il un réveil citoyen pour le second tour, attendons le 27 juin.

1  Pour mémoire le taux d’abstention au premier tour des élections régionales était de 53,7% en 2010 et 50,10% en 2015.

2 Le suffrage universel masculin est adopté par le décret du 5 mars 1848 : il ne sera plus remis en cause

 3 Ordonnance du 21 avril 1944 signée par Charles de Gaulle. Dans les faits, les Françaises votent pour la première fois aux élections municipales d’avril-mai 1945.

Elections régionales 2ème tour du 27 juin 2021

Et le miracle n’a pas eu lieu, le taux d’abstention s’est maintenu à un niveau exceptionnel de 65,7% soit à peine un point de moins qu’au premier tour.

L’abstention bénéficiant en général aux sortants, à l’exception de la Réunion, la carte des exécutifs régionaux reste la même et tout est au mieux dans le meilleur des mondes, chacun se félicitant de sa victoire interprétée comme un plébiscite d’une excellente gestion. Certains ont vaincu « la peste noire », d’autres ont sauvegardé les valeurs républicaines, le PS et LR se sentent ragaillardis, LREM y voit un début d’implantation locale et d’autres concluent à un destin présidentiel.

Mais regardons, pour les régions dont les médias ont beaucoup parlé, la réalité par rapport aux inscrits : Xavier BERTRAND 16,91% (Hauts de France), Valérie PECRESSE 14,87% (Ile de France), Laurent WAUQUIEZ 20,84% (Auvergne Rhône Alpes), Renaud MUSELIER 19,67% (Provence Alpes Côte d’Azur).

Si on est un vrai démocrate on ne trouvera dans des résultats aussi catastrophiques aucune matière à réjouissance et surtout pas de quoi organiser des arrivées aux QG de campagne, la mèche au vent entourés des colistiers le poing levé, le sourire aux lèvres, de grandes tapes dans le dos, particulièrement lorsque cette victoire à la Pyrrhus se fait aux dépens des électeurs de gauche ou de droite, suite à des accords d’entre deux tours plutôt contestables au regard de la démocratie représentative.

En revanche si le but du jeu était de conserver des places et du pouvoir, alors effectivement peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. 

On ne parle déjà plus beaucoup du niveau de l’abstention et toute la classe politique se tourne déjà vers l’élection présidentielle.

Quant aux abstentionnistes, ce théâtre politique risque de les conforter dans leur position et pourtant ces élections étaient importantes. Beaucoup de ces abstentionnistes ont considéré que le résultat n’aurait aucun impact sur leur vie quotidienne or la Région gère par exemple le développement économique (donc l’emploi), les transports non urbains (donc les liaisons ferroviaires), la formation professionnelle (donc l’aide à la reconversion en cas de perte d’emplois) bien des domaines impactant bel et bien le quotidien de chacun.

Mais au-delà de l’intérêt personnel ne faut-il pas en tant que citoyen se préoccuper de l’intérêt collectif, être attentif aux choix des élus auxquels nous déléguons un certain pouvoir et, tout simplement accomplir ce qui est un devoir civique. Si on n’exerce pas ce droit de vote quelle légitimité d’aller ensuite manifester sur des ronds-points ?

Face à ce niveau d’abstention délégitimant non pas légalement mais objectivement tout élu, nous proposons :

  1. Au niveau de l’éducation nationale un enseignement à part entière portant sur les institutions et l’importance du vote avec à la clé une épreuve au baccalauréat.
  1. La question du vote obligatoire a été soulevée par certains observateurs et il y a en France beaucoup de réticences sur tout ce qui est obligatoire. Pourquoi ne pas subordonner le bénéfice d’aides ou d’avantages à la preuve d’avoir accompli son devoir de citoyen ?
  1. La prise en compte du vote blanc qui est un message bien plus clair que l’abstention dont les motifs sont très variables.
  1. L’obligation d’être élu avec un certain pourcentage des inscrits afin de légitimer l’élection (ex : 50%).

La vraie question est : les élus qui bénéficient largement du système et notamment de l’abstention feront-ils passer la sauvegarde de la démocratie avant leurs intérêts personnels ?

1 commentaire

  1. Comme d’habitude, très bonne analyse et propositions intéressantes pour essayer de changer cette attitude navrante des nombreux « citoyens » qui souvent se plaignent mais ne font même pas l’effort de voter.

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