OYEZ, OYEZ… CITOYEN.NE.S !


L’Académie Française a été fondée par Richelieu en 1635.

Selon les statuts de l’époque, « la principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences » (article 24).

À cet effet, « il sera composé un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique » (article 26), et seront édictées pour l’orthographe des règles qui s’imposeront à tous (article 44).

Durant toute son existence et jusqu’à ce jour, elle n’a eu de cesse de rappeler qu’il existe une communauté d’humains qui, ayant la langue française en partage, en portent la responsabilité.

L’Académie Française s’est progressivement ouverte aux grands romantiques sacrés et consacrés (Chateaubriand, Lamartine, Hugo, …) mais aussi à des hommes politiques, journalistes, dramaturges, critiques littéraires, philosophes, poètes, historiens, militaires, scientifiques et hommes d’État, tous portés par la défense et la promotion de notre langue vivante à destination d’une communauté qui dépasse le seul périmètre francophone.

L’Académie est confrontée régulièrement à des évolutions sociétales qui l’amène à en analyser les impacts potentiels sur notre langue. Il en va ainsi de la féminisation grandissante de la Société et de sa déclinaison possible dans le domaine linguistique qui concerne l’écriture inclusive.

Faut il y voir une évolution naturelle de notre langage ou au contraire une atteinte à son histoire, sa pureté, son esthétisme, sa cohérence et sa lisibilité ? 

Notre langue a bénéficié d’apports divers qui l’ont nourrie et enrichie tout au long de son histoire (cf article « La langue française : une longue histoire riche d’emprunts » de Jean Pruvost, professeur émérite de lexicologie et de lexicographie de l’Université de Cergy-Pontoise, distingué en 2019 par l’Académie française de la Grande Médaille de la Francophonie) :


Issue de latin parlé, elle s’est d’abord enrichie d’emprunts des langues germaniques, normandes, arabes et a bénéficié de l’ordonnance de Villers-Cotterêts sous François 1er pour devenir la langue des documents officiels français et langue d’État en 1539…


En 1549, elle obtient le support des poètes de La Pléiade (Ronsard, Du Bellay,…) en qualité de grande langue littéraire à l’égale du latin ou de l’italien…
En 1635, Richelieu fonde l’Académie française et, en 1694, parait la première édition du Dictionnaire de l’Académie qui devait fixer le sens des mots…

Au 19 ème siècle, la langue française s’installe dans tout le pays par le biais de l’école…
Le 19 ème siècle est aussi marqué par les grandes découvertes scientifiques et les révolutions industrielles transforment en effet considérablement la vie des français…
Les écrivains, dont Émile Zola, rendent compte de ces réalités à travers leurs romans lus dans la France entière, véhiculant et propageant tout un vocabulaire qui dénote les transformations d’un monde en pleine évolution industrielle et économique, avec une société en profonde mutation…
Et enfin au 20 ème siècle, elle évoluera de nouveau sous l’impact de l’évolution des moyens de communication et d’information dont Internet, et de l’essor des médias presse, radios, télévisions, cinéma…
En synthèse, un parcours de construction et de maturité d’une richesse et d’un esthétisme remarquables qui en fait aujourd’hui la 5 ème langue la plus parlée dans le monde, une des langues de travail du monde diplomatique et des organisations européennes et internationales (ONU, OMC, OCDE), toujours sous le pilotage continu et protecteur de l’Académie Française depuis sa création.
Cette langue a su ainsi s’adapter aux défis de son temps.


Elle se trouve confrontée aujourd’hui au développement du féminisme qui vient remettre en cause un certain nombre de ses éléments structurants.
Pour être plus précis, le mouvement féministe, au demeurant complètement respectable, remet en cause le principe de grammaire selon lequel « le masculin l’emporte sur le féminin ». Ce principe aurait été édicté en 1651 quand un grammairien de l’époque, Scipion Dupleix, « conseiller du Roy » aurait déclaré : « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins. »


Ce principe de grammaire et de langage pourrait induire, selon les représentants de ce mouvement, des
représentations mentales implicites qui conduiraient femmes et hommes à accepter la domination d’un
sexe sur l’autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes.


Progressivement sont nés les principes de l’écriture inclusive désignant l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes.Nous pouvons les résumer en 3 règles principales, fondées sur les recommandations du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes :
On féminisera les noms de métiers, les titres, les grades. On parlera donc de « présidentes », de « charpentières », d’« autrices » ou d’« auteures » 


On évitera l’emploi du masculin comme genre mixte ou neutre. On utilisera alors des termes non genrés » (« une personne », « les membres », …), ou on fera mention explicite des hommes et des femmes : « les agriculteurs et agricultrices », « un chercheur ou une chercheuse ».À l’écrit, on pourra contracter typiquement ces formes avec un point médian : « les agriculteur·rice·s », « un·e chercheur·e ». La règle est assez simple : d’abord le terme masculin dans son intégralité, puis, après le point médian, ce qui diffère à la fin du mot féminin. Si le pluriel est marqué par un « s » au masculin comme au féminin, on le mettra à la fin derrière un point médian pour indiquer qu’il est partagé par les deux formes.
On préférera enfin les termes non « genrés » à ceux de construction masculine en parlant de « droits humains » ou de « droits de la personne » , et non de « droits des hommes » ou en faisant référence à l’Homme avec l’emploi de la majuscule qui permet de faire référence à l’espèce.
La féminisation des noms de métiers, titres ou grades ne semble pas poser de problèmes d’acceptabilité sociale. Par contre, l’ensemble de mesures syntaxiques inédites vient bouleverser l’écriture et la compréhension de la langue française alors que son efficacité supposée par rapport à l’objectif affiché divise les spécialistes.
Ainsi, Alain Bentolila, professeur de linguistique à l’université Paris-Descartes, déclare dans un article du Monde de novembre 2017 : « Ce n’est pas avec l’écriture inclusive que l’on fera reculer la discrimination sexuelle ».
Pour en revenir à son application, une parodie de mise en application circule parmi d’autres relative à la réécriture de la fable de La Fontaine « Le Corbeau et le Renard » :

Éliane Viennot, « professeuse » émérite de littérature française et « autrice » du livre « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin » a réagi à cette parodie : « l’écriture inclusive n’a pas vocation à réécrire la littérature française ». Elle explique par ailleurs : « La Fontaine parle de Maître Corbeau et de Maître Renard, il ne parle pas de la population des corbeaux ou de la population des renards. Quand nous essayons de faire de l’écriture inclusive nous voulons le faire quand nous parlons de populations mixtes ».
Plus sérieusement, les difficultés de mise en œuvre ont fait réagir l’Académie Française qui a déclaré le 26 octobre 2017 : « La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues.

Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs ».
Elle poursuit : « devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures ».
Suite à cette alerte non ambiguë, le gouvernement s’est positionné par la voix du 1 er ministre de l’époque, Édouard Philippe, qui a décidé de bannir l’écriture inclusive des textes officiels le 21 novembre 2017: « Je vous invite, en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française, à ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive… Outre le respect du formalisme propre aux actes de nature juridique, les administrations relevant de l’État doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d’intelligibilité et de clarté de la norme ». 
Cela a-t-il sonné le glas de l’écriture inclusive ?


Pas complètement semble-t-il puisque il subsiste des administrations récalcitrantes à l’image des universités où son utilisation se développe sous la pression de groupes d’associations ou de syndicats,
comme l’atteste l’article du Figaro du 4 février 2021 (Comment l’écriture inclusive prend le pouvoir à l’université) : «Beaucoup ont adopté cette graphie sous la pression de quelques associations. Il est plus simple et plus commode de s’adapter si on ne veut pas être accusé de sexisme», avoue un ancien président d’université parisienne.


La pratique se développe également dans certaines corporations comme l’attestent les déclarations
suivantes : «Nous professeur.e.s de philosophie réuni.e.s en journée de formation nous tenons à marquer notre opposition à la réforme Blanquer et à l’unanimité des présent.e.s…», ou encore le texte d’un collectif de soutien aux Gilets jaunes paru dans Libération le 4 mai 2019 :


« Nous, écrivain·e·s, musicien·ne·s, réalisa·teur·trice·s, édit·eur·rice·s, sculpt·eur·rice·s, photographes,
technicien·ne·s du son et de l’image, scénaristes, chorégraphes, dessinat·eur·rice·s, peintres, circassien·ne·s, comédien·ne·s, product·eur·rice·s, danseu·r·se·s, créat·eur·rice·s en tous genres, sommes révolté·e·s par …. » .
Nous considérons pour notre part que cette écriture dite inclusive désunit et enlaidit la langue française.
De plus, ces formes inclusives ne s’opèrent qu’à l’écrit car il est impossible de les appliquer oralement, ce qui ne fera qu’éloigner la langue écrite de la langue parlée et dans ce contexte qu’enlever à notre langue son enjeu de cohésion nationale de la population française.


Cette langue pourrait perdre de sa superbe et il en va de notre image dans le monde.Nous appelons de nos vœux à une forte reprise en main de ces dérives inacceptables par le gouvernement.


Nous terminerons le sujet par l’intervention le 19 octobre 2020 de Gilbert Casasus, professeur en Études européennes auprès de la Faculté des Lettres de l’Université de Fribourg, dans son blog Politique Européenne :
« Instruites et instruits, cultivées et cultivés, curieuses et curieux, passionnées et passionnés, les aimantes et aimants de la phrase bien construite et du discours bien construit ne supporteront pas plus longtemps cette façon, ce procédé de dénigrer au nom d’un pseudo- égalitarisme mal léché une langue qui a mis l’amour au masculin et la culture au féminin. Parce qu’il n’y a pas d’amour sans culture et pas de culture sans amour les deux genres s’imbriquent l’un dans l’autre, …, la féminisation des mots n’est pas répréhensible en soi. Elle le devient lorsqu’elle frise la bêtise ou, pour paraphraser Molière, se conjugue avec des « précieuses ridicules » qui sont à la cause des femmes ce que le snobisme est à l’art de vivre ».

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