Bullshit jobs et les contrastes


  1. La théorie de David Graeber (anthropologue américain 12/02/1961-02/09/2020)  sur le travail sans importance ou “Bullshit jobs” nous amène à réfléchir en cette période de crise sanitaire sur l’utile et le superflu. Il avait établi une liste de professions qu’il classait en cinq catégories : 
  • les « larbins » ou « faire-valoir », servant à mettre en valeur les supérieurs hiérarchiques ou les clients ;
  • les « porte-flingue » ou « sbires », recrutés car les concurrents qui emploient déjà quelqu’un à ce poste, et dont le travail a une dimension agressive ;
  • les « rafistoleurs » ou « sparadraps », employés pour résoudre des problèmes qui auraient pu être évités ;
  • les « cocheurs de cases », recrutés pour permettre à une organisation de prétendre qu’elle traite un problème qu’elle n’a aucune intention de résoudre ;
  • les « petits chefs » ou « contremaîtres », surveillant des personnes travaillant déjà de façon autonome.

Il soutenait que ces travaux dérisoires font partie d’un système qui alimente le capital financier. Il ajoutait que les dirigeants se méfient du temps libre accordé à la population car un peuple heureux et productif devient dangereux.

L’anthropologue souligne l’existence d’un corollaire paradoxal : il dit que plus un travail est utile à la société et moins il est rémunéré. Il ajoute que la plupart de ces emplois sont  souvent déconsidérés, même s’il reconnaît des exceptions, comme les médecins. Nous reviendrons sur cet exemple.

Depuis que nous subissons ces périodes de confinement, d’isolement pour certains, nous sommes rassurés de savoir que les épiciers, boulangers, bouchers, électriciens, plombiers etc. sont disponibles et accessibles pour notre confort au quotidien.

Certes, et heureusement pour eux, ils n’exercent pas des travaux qui peuvent être qualifiés de « bullshit jobs ». Mais ils sont très très loin des salaires mirobolants des joueurs de football, comédiens, chanteurs et bien d’autres professions qui ne sont pas essentielles à notre vie de tous les jours. Nous dirons que celles-ci sont divertissantes, mais pas essentielles.   

Force est de constater que ces métiers sont généreusement rétribués, sans pour cela remettre en cause les qualités humaines et professionnelles de ceux et celles qui les exercent, ce n’est pas notre propos. Le système est établi ainsi, il semblerait que le commun des mortels ne s’ interroge pas vraiment sur cette répartition inégale.

Le chirurgien qui sauve des vies n’est pas rémunéré comme le footballeur de haut niveau qui ne soigne personne bien qu’il procure chaque week-end un peu de bonheur aux passionnés. L’acteur de cinéma dans son rôle de « flic » recevra un cachet représentant plusieurs années de salaire du vrai policier qui essaie de résoudre réellement une enquête.

Actuellement certains salariés, ouvriers, employés des métiers de bouche et autres personnes sans revenu reçoivent des aides de l’État. Nous ne ferons pas de commentaire concernant les décisions de nos gouvernants dans ce domaine. 

Concernant la réflexion de David Graeber sur les métiers utiles, s’ils n’ existaient pas, comment aurions-nous vécu ces périodes de confinement ? Il serait difficilement concevable d’ être privé de nourriture, de soins, d’aides à la personne ou simplement de l’intervention d’un technicien que nous ne pouvons pas remplacer malgré tous les efforts que nous pourrions entreprendre. 

Les rémunérations pharaoniques des footballeurs professionnels, tennismen, golfeurs et autres métiers du show-business semblent indécentes, déplacées, dans une société où le salaire médian est trois cent fois inférieur. Nous l’avons précisé, notre propos n’est pas de stigmatiser des catégories de personnes par rapport à d’autres, d’autant que ceux qui bénéficient de ces salaires mirobolants profitent d’un système tout à fait légal. 

Il apparaît qu’une tranche de travailleurs peu rémunérés contractent quelquefois des crédits pour assister à des manifestations sportives professionnelles.

Nous traversons en ce moment un passage compliqué, en espérant que le verbe traverser soit bien approprié. Mais ce morceau de vie tronqué par un virus ne s’est pas arrêté avec la privation de rencontres sportives, de concerts et autres activités générant des revenus faramineux. 

L’économie de notre pays, en ces temps de crise sanitaire prolongée semble être très déficitaire pour ne pas dire anéantie. Selon les experts financiers, nous aurons d’énormes difficultés pour retrouver l’ équilibre qui convient à une trésorerie en bonne santé.     

Proposition

Pour faire face à ces circonstances très particulières, nous proposons une solution qui pourrait convenir à cette situation. Nous savons bien qu’énormément d’argent circule dans certains milieux que nous avons désignés, cela ne semble pas émouvoir l’ensemble de la population, même les plus démunis. Mais dans cette période extrêmement compliquée pour de nombreuses familles, il serait peut-être envisageable de rétablir ne serait-ce que le temps du sauvetage accompli, un équilibre financier décent entre tous les citoyens.

L’ argent existe, il coule à flot pour les professions festives et divertissantes, c’est un bien pour tous ceux qui en vivent. Afin de gratifier les « bullshit jobs » décrits par David Graeber et autres professions peu rémunérées, il serait judicieux de prélever une part plus importante sur tous les revenus astronomiques et les distribuer équitablement aux plus modestes. Cela peut également être proposé pour les entreprises en difficulté qui emploient des milliers de salariés, ainsi une réelle solidarité remplacerait de beaux discours.

1 commentaire

  1. Entièrement d’accord sur toute la ligne et je pense que malheureusement beaucoup de travailleurs sont ou vont être vraiment « impactés » financièrement par la situation que nous vivons et qu’il va être nécessaire de se montrer solidaires les uns envers les autres …surtout envers ceux qui le méritent

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