Enseignement : une ambition oubliée


Sous l’impulsion de Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts sous la Troisième République, sont adoptées des lois dites scolaires dont celle du 16 juin 1881 concernant l’école gratuite et celle du 28 mars 1882 visant à rendre l’éducation obligatoire mais aussi laïque. Un an et demi après l’adoption de cette dernière, le 17 novembre 1883, Jules Ferry adressait une lettre aux instituteurs dans laquelle il rappelle l’une de leurs missions essentielles :

[…] Des diverses obligations qu’il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus à cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c’est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l’éducation morale et l’instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l’objet de ce nouvel enseignement…

La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier, d’autre part elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’église, l’instruction morale à l’école.

Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus, celui des croyances qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances qui sont communes et indispensables à tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer.

Ces quelques lignes définissent parfaitement ce que devait être l’ambition de l’Éducation nationale : 

  • l’éducation morale et instruction civique, autrement dit le respect de soi et des autres d’une part, la citoyenneté d’autre part ;
  • l’exclusion des croyances de la sphère de l’enseignement, lesquelles par leur caractère personnel et variable ne peuvent être partagées par tous, contrairement aux connaissances qui sont communes.

On ne peut fédérer une nation que sur un socle de valeurs communes dans lesquelles chacun peut se reconnaître, ce qui disqualifie tout ce qui relève de la croyance étant par définition non universel, sauf dans un régime théocratique, ce qui n’est pas le cas de la France, république démocratique et laïque.

Durant près d’un siècle l’Éducation nationale a rempli sa mission : éduquer de futurs citoyens dotés d’une liberté de conscience, connaissant l’histoire de leur pays (ayant parfois accueilli leurs parents ou grands- parents), son hymne national et ses valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité.

Que s’est-il passé pour qu’un professeur dont l’enseignement s’inscrivait dans le droit fil des principes de l’école républicaine en paie le prix de sa vie de la manière la plus abominable qui soit ?

Il y a une conjonction de causes diverses dont certaines extérieures au monde éducatif, mais concernant ce dernier on relèvera :

  • l’acceptation de l’entrée des religions dans le périmètre scolaire se traduisant notamment par la prise en compte de celles-ci dans les cantines scolaires jusqu’au renoncement à exposer des épisodes de l’histoire de France afin de ne pas heurter certaines « sensibilités », en passant par le non signalement d’attitudes sectaires au nom d’un « pas de vagues » ou d’une pseudo « paix sociale » ;
  • l’acceptation de l’intrusion des parents d’élèves et de leurs fédérations sur des domaines ne relevant pas de leur compétence (programmes scolaires, méthodes pédagogiques), et allant, nous le vivons aujourd’hui, jusqu’à remettre en cause la laïcité de l’école en y introduisant le communautarisme. Pour mémoire ce phénomène débute dans les années 1990-2000 au cours desquelles l’Éducation nationale a encouragé les parents à surveiller et juger la qualité de l’enseignement comme s’il s’agissait d’un service individualisable et modulable à la demande du client au cas par cas ;
  • une Éducation nationale étouffée à la base par une bureaucratie sous l’hégémonie du Nouveau Management Public (NMP), plus soucieuse des économies budgétaires et de la performance que de soutenir les enseignants dans leurs missions quotidiennes. 

Nous sommes bien loin de l’ambition affirmée de Jules Ferry et il est urgent d’y remédier :

  • en donnant une place plus significative à  l’enseignement de l’éducation civique : actuellement une heure par semaine dans le primaire et une heure par quinzaine dans le secondaire ;
  • en sanctionnant systématiquement et sans complaisance toute remise en cause de nos principes républicains dont la liberté de pensée, d’expression et d’enseigner est un élément essentiel (exemples, selon le niveau scolaire voire universitaire et la gravité : rappel des principes, exclusion, stage de citoyenneté pouvant aller en cas d’atteintes très graves jusqu’à la suppression d’aides sociales ou de bourses d’études) ;
  • l’environnement familial et social étant un facteur déterminant, les parents devront aussi faire l’objet de rappels voire de sanctions si nécessaire ;
  • pour les personnes nouvellement accueillies en France, il paraît impératif de prévoir des cours d’éducation civique pour garantir une bonne compréhension de ce qu’est la France.

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